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Lacan, un génie pisse-vinaigre

Un introduction à ce texte inédit (à paraître prochainement)

"J’ai eu avec Lacan une relation singulière qui a pu interroger notre milieu sur le type de dépendance qu’elle impliquait et moi-même sur mon rapport à l’autorité. En parler ici ne vaut qu’à titre d’exemple et peut-être d’illustration. Quel que soit le thème, on parle de soi dans un écrit. Il n’y a pas de honte à le reconnaître directement si ça peut servir à la démonstration" (extrait du Zéro et l'Un - Juillet 2018).

Par Nathanaël Majster

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J’ai été témoin du moment où Charles Melman a commencé à écrire sur ses souvenirs d’enfance. C’était au milieu des années 2000 et il me semblait y trouver un grand profit intellectuel. J’en ai retrouvé la trace dans des textes tardifs (de 2021 et 2022)  que je publierai dans la suite des fragments inédits réunis sous le titre le Zero et l’Un. À partir des années 2017, il avait par ailleurs repris par écrit des souvenirs de son parcours à l’École Freudienne de Paris, auprès de Lacan. D’abord pour témoigner de ce que fut cette histoire auprès des plus jeunes. Répondre aussi des évènements qui secouèrent l’École sous le chapitre de la Dissolution. Ensuite, très certainement parce que son étude sur l’autorité – Archélogie - rendait inévitable le passage par l’analyse de sa relation avec Lacan et à la dépendance que le transfert instituait.

Le dernier éditorial qu’il rendit public : Un souvenir sur le mur mitoyen en fait partie et rend compte de ce que fut son introduction dans le milieu analytique lors d’un congrès de la Société Psychanalytique de Paris en 1963. Souvenir qui se résume en une séquence en trois actes : la présentation à Lacan d’un travail établi pendant l’été sur le complexe d’Œdipe disposant un quadrangle avec à son sommet le père, l’identification -ou pas - à cette instance aimée ou haïe, la perte de l’objet aimé et la trouvaille de l’objet cause du désir – la permutation de ces places venant décrire les structures cliniques essentielles – travail visiblement refusé par Lacan et enterré (on en entendra hélas jamais plus parler) – suivi de la rédaction par ses soins d’un mémoire destiné à être lu devant le congrès de la SFP qui était consacré à la paranoïa, texte convenu et composé d’idées attendues par l’auditoire. Réponse, donc, au dépit de Lacan par la conformité aux attentes du milieu – avant que, dernier acte, il n’envoie au panier ce mémoire pourtant imprimé et distribué – pour prononcer un texte improvisé, écrit au dernier moment et consacré au Mur mitoyen comme phénomène propre à la paranoïa et s’appuyant sur un dispositif topologique emprunté à la bande de möbius selon qu’elle est unilatère et unicursale (l’Autre est en continuité avec le sujet) ou bien devenue bilatère et non-moebienne (l’Autre est séparé du sujet par une cloison, un mur, un plafond, une peau). Nous publierons bientôt, ici, ce texte retrouvé et son manuscrit.

Ce texte n’était attendu ni par Lacan ni par les organisateurs du Congrès, prenant le risque d’une élaboration originale et inspirée, répondant au discord paranoïaque qui précisément pouvait agiter le milieu analytique pris dans la tourmente de l’opposition entre la SFP, l’IPA et le mouvement créé autour de l’enseignement de Lacan, cette intervention eut un grand succès et présida à la demande faite par Lacan au jeune Melman d’assister aux réunions de la direction de l’École nouvellement créée, l’École Freudienne de Paris.

C’est là le récit d’une initiation à la maitrise de l’analyse qui fut gagnée par l’indépendance mise en acte dans le choix de son propos et du référent qui l’organise. Ne répondre à aucune autre attente que celle que sa pensée fixait pour lui : voilà qui définit bien la ligne qu’il sut garder et qui pourrait servir d’exemple.

Nous publierons sur Gravity plusieurs des tentatives faites par Charles Melman pour restituer l’histoire étonnante, mi-tragique, mi-burlesque, de l’EFP, car elles intéressent à chaque fois des aspects différents de l’histoire de l’École freudienne et marquent également une progression appliquée de sa recherche sur l’Archélogie.

La première de ces tentatives s’appelle Lacan, un génie pisse vinaigre et elle est datable du mois d’août 2017. Elle interrompt ainsi la rédaction du Zero et l’Un et nous avons fait le choix de ne pas la publier à la suite des autres fragments, mais de le faire dans la section Pages Arrachées. Elle doit néanmoins être lu comme tissés à la réflexion difficile à l’œuvre dans le Zero. De fait cet inédit s’interrompt à cette date pour reprendre à l’été 2018. Nous également reprendrons très rapidement le cours de la publication de ces fragments dans lesquels les strates d'histoires et de souvenirs personnels, de développement théoriques aussi, développés dans ce Lacan, pisse-vinaigre seront repris et amplifiés.