Le zéro et l'un

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28 juillet 2017

Le oui et le non proviennent d’un même tranchement, qui générant des places différentes leur assignent des fonctions différentes, mais solidaires.

Notons d’abord que ce qui crée le concept de l’unité ne sera pas le oui ni le non, mais ce tranchement même — Un.

La spécificité de la référence au Un sera ainsi systématiquement celle à la puissance qui tranche, entre ce qui sera du même coup estimé recevable — relevant par exemple de la lignée lorsque ce Un est aimé au titre de père — et ce qui en sera écarté. La méconnaissance commune est celle de la solidarité foncière des deux, leur gémellité, l’hétérogénéité étant fille de la même instance, ne serait-ce que pour signifier qu’elle assure, quoique différemment, une fonction pas moins inscrite à son programme. Il se révèlera qu’il y a pire et que l’inscription déterminante de la vie psychique est celle de l’Autre, dans la quête ordinaire d’avoir à s’accorder avec le Un. Tâche impossible, par nature aurait-on pu dire, mais qui rend compte de la prévalence de l’Autre dans la vie psychique et l’amour de la créature coupable pour l’instance susceptible de le maitriser, faire tout-en-un comme l’annoncent les marchands de casseroles.

L’amour, célébré comme salvateur sinon médecin, est donc la tentative du sujet coincé entre une dissidence constitutive et l’impératif catégorique de se faire aimer par l’instance à laquelle est forcément attribuée un sentiment réciproque, puisqu’elle est supposée souhaiter, voire recommander, ma figuration dans le champ des représentations. Notre culture a ainsi au fondement — si je puis dire — une érotomanie inquiète si le référent reste supporté par la croyance, la foi, mais susceptible volontiers de s’enflammer s’il fait lui-même partie du groupe, tel le chef politique, ou si la patrie, figure sécularisée de la divinité, parait en danger. Le paradoxe est que le Un est donc Autre par destination — objet de la foi — la sécularisation aboutissant à en faire l’agent du totalitarisme par l’élimination de fait de l’Autre, mais rendue programmatique.

Le Un est donc biface. D’un côté, oui, il bénit la population rassemblée sous son égide, Pasteur qui est d’autant plus riche que son troupeau est plus gros et plus nombreux. De l’autre, non, il commande la séparation d’avec ce qui est à écarter. Le type d’écart varie avec ce qu’il faut bien appeler en politique la mode, les mœurs, sinon les coutumes. Le régime politique ordinaire — démocratique — reçoit dans son espace public des éléments inconvenants, par l’origine, la religion, les mœurs, et bien sûr des opposants. Une morale de l’adoption héritée des Romains et poursuivie par le christianisme vise leur assimilation, mais peut aussi, comme en Angleterre, tolérer le communautarisme.

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By Nathanaël Majster

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