Le zéro et l'un

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(Suite)

Une mise à l’écart plus radicale et originale concerne donc ce qui regarde le sexe. Il s’agit en effet d’en porter l’insigne — et il n’y en a qu’un, celui de la virilité — pour témoigner que sa mise hors du champ des représentations est la garantie de l’acceptation par l’Autre. Ce tranchement coïncide avec celui ordonné depuis l’Autre quand s’y trouve domiciliée sous la figure du Père l’instance séparatrice que nous avons rencontrée. Mais la place de la femme reste dans son rapport avec elle en souffrance, largement partagée par celui qui, à s’offrir, le béni oui-non, serait l’élu, le représentant, le futur père lui-même. L’arriération mentale qui dès le départ continue de stagner en ce domaine et nous vaut la guerre des sexes apparaitra sous un jour surprenant. Comment l’espèce entretient-elle entre les sexes une relation qui finit par fleurer la mort ?

La séparation entre l’Un et l’autre renvoie la femme, faute d’être porteuse de l’insigne qu’il faudrait, du côté de ce qui ne convient pas. Elle est vraisemblablement le modèle de ce que le champ public néanmoins tolère encore qu’il vaudrait mieux qu’elle n’y paraisse que voilée, extraite épisodiquement de la retraite privée fermée que constitue son foyer. Il ne conviendrait pas en effet que, aguicheuse, elle provoque au grand jour un désir dont nous avons vu que la délivrance de l’insigne exige qu’il soit tranché : la s… Aussi la pleine reconnaissance passera-t-elle par la maternité, témoignage d’une mise à disposition acceptée d’un Père dès lors collectif. Il est banal qu’en suive dans le couple une querelle d’autorité qui prévaut sur une jouissance sexuelle, rendue accessoire, et plongeant l’enfant dans une compétition où son propre choix identitaire va dépendre du vainqueur au domicile. Bonne fête à tous. Là-dessus le mythe chrétien en rajoute sur le rôle de Joseph — il voulait une femme, il a à s’occuper de l’âne et d’un bébé qui n’est pas de lui. Mais on sait que la religion juive n’est pas mieux inspirée, puisque la transmission de la filiation directe divine comme pour Marie, est indépendante d’un géniteur, qui pourra être d’occasion, et se fait par la mère.

Entre le savoir cultivé par papa et la noble pratique domestique observée par maman qui regarde avant tout le rituel, il y a un hiatus où disparait le sexe et finalement le hiatus lui-même comblé par le mal, l’impie, le dégoutant l’excrément dont il s’agissait de se débarrasser. À juste titre Freud a lu la religion comme une névrose obsessionnelle collective. L’exigence de pureté est impuissante face au retour imparable du sale, opération dont le fidèle se rendra toujours responsable. À partir de la communauté établie entre ce qui est à retrancher, celui-ci en vient à assimiler le sexe, le mal, et l’excrément, voire l’argent, et même l’enfant, s’il est vrai que l’ascétisme est une forme généralisée de la castration, et l’accent mis s’il le fallait sur le caractère persécutif d’un entourage séducteur contribue à ne fournir comme objet bouchon à la pensée que celui qu’en aucun cas il ne faudrait. Le propre de la pensée en effet est qu’elle est sollicitée à partir de l’Autre et alimente par des formulations obscènes et immorales liées au caractère des objets qui le peuplent, et contre lesquels se rebiffe le sujet bien plus qu’il n’y cède.

Gravity®

By Nathanaël Majster

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