Dostoïevski : Si Dieu est mort, alors tout est permis.
Lacan lui fait remarquer in petto que c’est presque ça, c’est-à-dire le contraire (on aura forcément remarqué que le contraire est ce qu’il y a de plus proche de ce qui est affirmé, de sorte que dans les langues mères (hébreu, arabe, latin) il n’est pas rare qu’une série de termes (les ha’ddad, en arabe) aient pour signifié leur antonyme. À supposer ce mécanisme latent et généralisable — nous essaierons de le commenter plus loin — le plus proche de Dieu, a pour signifié le Diable, amour la haine, le sacré l’ordure, le respect le sacrilège, la vertu le vice, etc., mais on ne pourra entendre le signifié « homme » quand on prononce le mot « femme » ou inversement parce que la femme n’est pas le contraire de l’homme, seulement son associé. L’inconscient fait un usage remarquable de cette figure de l’antonyme, ce qui arrête et effraie Freud devant sa mauvaiseté — voire ainsi l’Homme aux rats.
L’antonyme a systématiquement pour signifié ce qui s’en trouve retranché et suscitent ainsi ce mécanisme, les mots qui font couple d’opposition : grand/petit, pureté/saleté et appartiennent, on aurait envie de dire du même coup, au registre moral. De sorte que le désir de propreté est alimenté par la saleté qui fait son être, et croit à la mesure même de l’incitation au lavage qui la séparer, sans donc y parvenir.
Si Dieu est mort, dira donc Lacan, plus rien n’est permis, puisque la jouissance suppose le franchissement d’une limite, rendue sacrée et donc fixe si elle est celle de l’espace — le Réel — habité désormais par Dieu, et est donc rendue sacrilège. De sorte que l’acte sexuel passe maintenant par la quête de Sa bénédiction et la promesse, par la fécondation, de n’être exercé qu’à sa plus grande jouissance. Mais nous avons trop facilement glissé du pater grec au Dieu des monothéismes.