Le zéro et l'un

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22 mai 2017

Nous sommes les captifs de l’imaginaire, c’est-à-dire de l’écran sur lequel notre image se trouve projetée sous un regard souverain : la nuit avec l’extinction des feux vient le temps du repos de la tension due au souci d’avoir à faire bonne figure.

Il n’est pas nécessaire d’être psychotique pour éprouver ce regard comme persécuteur et pour l’attribuer à un quidam de passage, dès lors interpellé : « Qu’est-ce que tu me veux toi ? » On connait la sensibilité des cultures méditerranéennes à la perception d’un regard pesant et menaçant à l’endroit de qui manquerait au devoir de modestie. Et les vedettes savent qu’elles doivent être protégées contre l’agressivité spontanée qu’au nom de l’amour, bien sûr, elles suscitent de la part de la foule.

Interdiction de représentation. L’exigence apparemment étrange adressée par ce regard est de ne pas être distinct sur l’écran, de ne pas accrocher l’attention, paradoxalement être invisible, uniforme dans la communauté qui y figure. L’iconoclasme trouve là sans doute sa source, en conflit avec l’esthétisme de la représentation qui pourra, pas moins, être dédiée à célébrer les qualités du Créateur. La guerre ainsi déclarée entre l’effacement et le concept de beauté trouve son apaisement dans le renoncement par ce concept à supporter l’érotisme, autrement dit au renoncement d’une qualité qu’on voudra bien juger essentielle de la représentation, sacrifice qui est le signe de la beauté. D’où l’émergence dans la peinture classique, et après celle du Christ, de ces figures d’estropiés, de mendiants et dont le potentiel esthétique risquerait de rester énigmatique s’ils n’étaient une illustration de cette exigence.

Il y a, plus communément, ce conflit pressenti dans toute rencontre, de décider de celui qui se trouve délégué à relayer le regard supposé divin et donc de soumettre l’autre à un jugement inéluctablement critique.

Gravity®

By Nathanaël Majster

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