Le zéro et l'un

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28 mai 2017

Quelle serait la bonne forme ? La question hante les praticiens de la représentation, épuisés à en chercher la clé — cf. les cimaises des musées et des galeries — sans que la dernière produite ne paraisse jamais ultime. Le peintre retourne ainsi sa toile en cours face contre le mur, puis la reprend, la retourne, la reprend encore jusqu’à ce que la retouche du recommencement ne l’invite à conclure.

Il actualise ainsi la suspicion inquiète propre à chacun, à moins que n’en l’ait défendu le regard exclusif d’une mère.

Le hiatus entre la représentation mentale de soi et la réalité de l’image du miroir peut alors être parfait sans cependant gêner un commerce social corrompu par la prétention individuelle dès lors que ses modèles sont variables.

Ceux-ci cependant, jouissent d’une garantie meilleure dès lors que la signature est symbolique plutôt qu’imaginaire. Au regard capricieux d’une mère dont les attentes sont aussi diverses que les circonstances sociales de son imposition, succède celui obstiné et toujours identique à lui-même d’un père, celui dont le trait identificatoire à jamais exigé est celui de la virilité, c’est-à-dire de la capacité manifeste à poursuivre son œuvre. Le paradoxe créé par celui dont on aime qu’il soit Un, est que la diversité naturelle des formes cède dès lors devant l’exigence d’un trait identificatoire dont le caractère est donc d’être symbolique, c’est-à-dire variable et indépendant de son réel anatomique : le pénis.

Admirons cette résorption de la forme et donc de l’étendue au profit de l’émergence qu’on voudrait dire « pure » d’un Un, réduit donc à l’état de faille, symbolique et réelle, l’imaginaire n’étant donc plus figuré que par le trou.


Il est vérifiable que ma forme est plurielle et ne m’appartient pas, autrement dit que mon propre regard n’exerce pas le final cut, n’en décide pas, puisqu’elle est faite pour être reconnue par un autre, à charge de s’en différencier sur fond de similitude, et se fixe le plus souvent à son image ou bien — en cas de différence des sexes — à celle imaginaire apte à la séduire. Cette dépendance à l’égard de la forme valorisée par le groupe recoupe celle que le regard supposé de son fondateur aurait décidée pour lui, forcément démultipliée à l’image qui lui est donc prêtée.

Il est plus étrange qu’on soit moins sensible aux qualités différentes de la même représentation de soi.

C’est ainsi que la dimension imaginaire peut s’éclipser pour laisser apparaitre ce qui n’est plus que le réel du corps, sa carnation, l’asymétrie des positions, la répartition des masses, plus rien qui soit érotique, une photo médicale en quelque sorte.

De façon moins prévisible, la charge érotique peut également être levée par la prévalence, cette fois sur les deux autres dimensions — réelle et imaginaire — de celle du symbolique. La diversité de l’image, cette fois, se réduit pour ne plus assurer que l’affirmation prévalente du Un dont elle se garantirait.

Figurer ainsi au titre de Un, quelconque, sans plus de particularité, est une expérience banale et qui n’a pas besoin du port de l’uniforme, puisque la participation à la foule rassemblée par un spectacle musical fait aussi bien l’affaire. La communion manifestée dans ce cas semble supérieure à celle des fidèles dans la nef.

Gravity®

By Nathanaël Majster

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